J’aurais aimé démarrer ce blog avec un article plein de bonne humeur. Mais l’actualité en a voulu autrement : la presse mettait en avant une synthèse de l’Institut national du cancer (INCa) pour affirmer que la consommation d’alcool augmente les risques de cancer dès le premier verre. Dans les reportages, c’est le vin qui attire tous les projecteurs, rarement le pastis, le whisky ou la vodka. Pour le contexte d’époque, voyez ce reportage vidéo du Nouvel Observateur (février 2009), encore parlant sur le ton adopté.
J’en ai marre. Les conclusions sont contestées par nombre d’études internationales (et plus particulièrement celle du Fonds mondial de recherche contre le cancer) qui jugent que « le risque est réel pour une consommation excessive« . Nous ne pourrons pas éternellement faire le grand écart entre la présentation du vin, au niveau national, comme un poison, une drogue, un facteur de risque et celle des vins de grande qualité, symbole du savoir-vivre français et exportés dans le monde entier. Madame la ministre des Finances, madame la secrétaire d’État au commerce extérieur, les exportations de vin nous aident à ne pas creuser encore plus le déficit commercial. On ne peut se tirer sans cesse une balle dans le pied. Alors que l’Espagne a fait du vin un produit culturel, nous en faisons trop souvent un produit dangereux.
Pour conclure (temporairement), je vous livre une histoire qui court depuis bien longtemps, mais qui retrouve ici toute sa fraîcheur :
Un homme va voir son médecin et lui demande de lui donner un régime pour être certain de vivre longtemps. Le médecin interroge son patient :
-Vous fumez ?
– Oh, juste un petit cigare après le dîner.
-Il faut arrêter, c’est très mauvais.
-Vous aimez faire un bon repas le soir ?
-Oui, Docteur, quand l’occasion se présente, je me tiens bien à table.
-Il faudra vous contenter d’une soupe tous les soirs.
Vous buvez du vin ?
-Bien entendu, mais uniquement du bon et raisonnablement.
-C’est très mauvais. Il faut boire de l’eau, du thé, des jus de fruits.
Vous avez une sexualité épanouie ?
-Oui, tout va bien, Docteur.
-Pour vous ménager, une fois par trimestre me semble suffisant.
Le patient est accablé. Néanmoins il demande :
-Et si je respecte tout ça, Docteur, vous me garantissez une longue vie…
Le docteur lui répond :
-Non, … mais je vous garantis qu’elle vous paraîtra plus longue !!!
Post-scriptum, avec le recul. Les messages de santé publique restent utiles : l’alcool n’est pas neutre, et une consommation régulière fait monter les risques sur la durée. On peut le dire sans caricaturer un métier de vignerons ni réduire le débat à un clip où seul le rouge ferait figure de coupable. Le vin demeure aussi un produit agricole encadré, une part de patrimoine et une ligne d’exportation pour certains territoires. Quand les raccourcis médiatiques mélangent science et sensationnel, le lecteur gagne à relire les sources officielles et les nuances sur doses et fréquences. Ce billet, rédigé en 2009 puis republié ici, garde une valeur d’humeur et d’opinion. Il ne remplace pas un avis médical personnalisé. Il rappelle surtout que pédagogie sérieuse et brosse à reluire n’ont pas le même métier.
Le titre est tiré de la célèbre pensée de Francis Blanche : « je préfère le vin d’ici à l’eau de là«








